archives > Samedis Créateurs >

« hommes / femmes, l’égalité dans la différence est-elle possible ? »

Synthèse du séminaire animé par Isabelle Guéguen, chargée de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes au conseil général du Finistère

Les samedis de Kerliver

Samedi 23 octobre 2004
33 participant(e)s dont 5 hommes

« hommes / femmes,
l’égalité dans la différence est-elle possible ? »

animé par Isabelle Guéguen, chargée de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes au conseil général du Finistère

« Coordinatrice du projet EQUAL mais aussi étudiante en DEA de sociologie, j’ai pu réfléchir, constater, échanger avec différents acteurs et faire une recherche sur la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. Je vous ferai part des informations, des observations et des théories collectées et analysées ainsi que mes propres intuitions, positions voire combats...

Dans un premier temps nous ferons un bilan de l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans quel domaine et champ de notre quotidien, les inégalités persistent-elles ? Quels sont le rôle des femmes et celui des hommes dans cette persistance ? comment cela peut-il avoir de l’influence dans le parcours de la création d’entreprise ?

Dans une second temps, nous échangerons sur la différence entre les hommes et les femmes ? Y-a-t-il différence ? Cette différence est-elle culturelle ou naturelle ? Est-il dangereux de parler de différence, de la revendiquer ? Sur quelle norme sont construites nos sociétés et nos valeurs institutionnelles ? La prise en compte des attentes des femmes peut-elle conduire à une évolution de notre société ? »

Isabelle Gueguen

û€°GALITE ET DIFFERENCE : LE COUPLE INFERNAL
Démarrons par deux devinettes :
Quel est le contraire d’égalité ?.......Inégalité
Quel est le contraire de différence ?.....Similitude
La différence entre les hommes et les femmes est d’abord biologique et s’est accentuée par la construction sociale. Cette synthèse propose de présenter quelques constats et explications concernant les inégalités qui existent et persistent dans le travail, dans la sphère domestique et dans la sphère politique.

1- les inégalités dans le travail :

Concernant les constats sur les inégalités dans le travail, nous pouvons noter une sur-représensation des femmes dans le chômage et plus particulièrement chez les jeunes femmes (c’est le cas actuellement dans le Finistère). Il existe également une sur-représentation des femmes dans le temps partiel, en effet 30% des femmes actives sont à temps partiel et 44% des temps partiels sont contraints.
L’une des inégalités la plus importante et la plus niée est celle liée aux écarts de salaire, ils sont en moyenne de 18% (chiffre INSEE 2003). C’est une généralité en Europe. Ces écarts existent également dans la fonction publique. Il s’agit de résistances culturelles et non, dans la majorité des cas, de discrimination directe et consciente. Pour réduire ces inégalités, il faut également que les femmes apprennent à se mettre en avant et apprennent par exemple à demander une augmentation.

Un autre constat moins connu concerne « le plafond de verre », il s’agit d’une barrière invisible. En effet, malgré l’entrée massive des femmes dans la sphère du travail, elles ne représentent que 6% des cadres de haut niveau. Cette réalité, regardée avec des lunettes « genre » (où se trouvent les hommes et les femmes ?) nous montre bien que l’égalité, ce n’est pas la mixité et ni la parité. L’égalité est atteinte si la proportion de femmes dans l’entreprise est la même dans toutes les strates. Or bien souvent, là où les femmes représentent 70 % des salariés, elles représentent 85 % des bas salaires et 10 % des plus élevés.

Essai sur les causes de ces inégalités :

- La division sexuelle des tâches et la hiérarchisation : On retrouve ce phénomène a priori dès l’apparition de l’espèce humaine et dans toutes les sociétés.
Cette division est présente dans différents mythes fondateurs ou structurant des sociétés. Les antropologues comme Levis Strauss ou Margaret MEAD ont montré que cette division est à l’origine de la création du couple homme/femmes. Si les hommes et les femmes pouvaient réaliser les mêmes tâches alors ils n’auraient pas de besoin de vivre ensemble. Différents mythes et croyances conduisent à des interdictions sociales pour les hommes et pour les femmes, celles par exemple des femmes de chasser et celles des hommes de faire la cuisine.

Entre mythe et réalité nous pouvons faire le constat que cette division sexuelle des tâches et la hiérarchisation se perpétue dans le domaine du travail sous couvert de compétences ou d’impossibilités dites « naturelles ».

- La difficile articulation des rôles : des anthropologues tels que Françoise L’HERITIER ont aussi montré que les compétences des femmes sont souvent caractérisées par un rapport fort à leur nature de mère. En somme, elles n’acquièrent pas de compétences, elles les ont naturellement via la maternité. Ce renvoie systématique à la nature conduit à une dévalorisation de ce qui est féminin (c’est inné) au détriment des compétences masculines qui vont être acquises. La dévalorisation du féminin prendrait sa source dans la capacité des femmes de mettre au monde les enfants. Ainsi plusieurs mythes ou pratiques tribales véhiculent une image maléfique des femmes notamment liée à l’accouplement et à l’accouchement. Pour Françoise l’HERITIER, les hommes à travers ces mythes ont construit une relation homme/femme valorisant les hommes et diminuant le rôle des femmes, seules capables d’enfanter des filles et des garçons. La discrimination. Dans les jeunes générations le concept d’égalité est davantage partagé. Les jeunes générations croient moins au travail. Chez les jeunes hommes, il existe un nouveau rapport au travail qui passe par une meilleure conciliation de temps de vie. Il y aurait un rapprochement entre les désirs des hommes et des femmes.

2- Les inégalités dans la sphère familiale

Devinette :
Sachant que les hommes en couple consacrent en moyenne, chaque jour, 2 heures et demi aux travaux domestiques combien de temps les femmes s’y consacrent-elles ?
5 heures

autre constat : Plus une femme a des enfants moins elle travaille, la situation est inverse pour les hommes

Les inégalités sont aussi le résultat des politiques, par exemple en Italie et en Allemagne les femmes ne font plus d’enfants (le taux de natalité est en chute libre) parce qu’il n’existe pas de solutions concernant le mode de garde des enfants. En France les femmes travaillent et ont des enfants notamment parce que les politiques le permettent.

Actuellement, le congé parental est pris à 98% par des femmes, il faut noter que le congé parental à plein temps est souvent une rupture avec la vie professionnelle. Le congé parental à temps partiel est souvent un meilleur choix pour ne pas s’isoler du monde du travail.

3- Les inégalités dans les loisirs et l’engagement politique

Constat concernant l’impact de la RTT : plus de tâches domestiques pour les femmes (notion de culpabilité très forte chez les femmes) et plus de loisirs pour les hommes

L’engagement en politique où comment prendre pied dans un monde qui s’est construit sur votre exclusion ?

La loi sur la parité en politique :

Quand la loi s’applique... avant après
Communes + 3500 Hbts 25,7% 47,5%
Conseil Régional 27,5% 47,6%
Quand elle ne s’applique pas ...
Communes 3500 Hbts 21,0% 30,0%
dont femmes maires 7,5% 10,9%
Conseils généraux 9,8% 10,9%
Quand elle s’applique partiellement...
Députés 10,9 % 12,3%

En supplément du séminaire rappel de quelques dates :

1795 : les femmes sont exclues de la vie politique
1875 : La constitution confirme la privation de droits politiques pour les femmes
1909 : Création de l’union française pour le suffrage des femmes, ça commence à bouger !
1936 : La chambre se prononce pour l’égalité politique des sexes
1944 : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes » proclame l’ordonnance du 21 avril, signé du général de Gaulle.
1945 : Les femmes votent et sont élues pour la première fois aux élections municipales d’avril puis en octobre pour l’assemblée constituante.

4 - Sommes-nous différents ?

Présentation des différentes approches et réflexions

§ Homme et femme, c’est pareil : L’universalisme
(c’est le courant le plus important en France)
La pensée universaliste défend le principe de « l’individu abstrait » et donc du neutre
mais cet individu abstrait n’est-il pas un homme ?
La norme est née masculine puisque les femmes étaient exclues en tant que citoyenne (voir JJ.Rousseau)
Mais la question qu’il faut se poser c’est : Avons-nous tous les mêmes chances d’accéder aux mêmes droits ?

§ Homme et femme, c’est différent : L’essentialisme
Les compétences et les qualités des hommes et des femmes sont par nature différentes.
Les inégalités ne sont-elles pas alors des différences naturelles ?
La revendication de la différence peut conduire à une justification de la séparation des tâches et donc de la hiérarchisation des rôles

§ Il n’y a ni homme, ni femme : Le queer
(courant anglo saxon)
La vision binaire est une construction sociale : L’homosexualité, la transexualité démontrent que le féminin et le masculin sont dans chacun de nous.
Va-t-on alors vers une négation de l’identité de femme et d’homme ?
Femmes et hommes tendraient à être un être social qui n’existe pas encore

§ Selon l’intervenante, oui nous pouvons être égaux dans la différence
....mais il faut se donner les moyens d’avancer vers cette égalité, voici quelques conseils :
Comprendre et analyser où l’on se situe par rapport à l’universalisme, l’essentialisme, le Queer pour mieux s’affirmer
Savoir mêler les théories, les approches pour ne pas opposer et tomber dans la binarité
Regarder le monde avec les lunettes du genre pour mieux voir
Revendiquer la visibilité des femmes pour mieux agir

5- Débat :

L’égalité est souvent un « non sujet » nous sommes dans le déni. Les jeunes sont mal informés sur les inégalités. Il faut donc rester vigilent, apprendre à regarder le monde avec des lunettes « genre » (le masculin et le féminin) exemple : Apprendre à regarder dans les journaux où sont les hommes et les femmes, dans la publicité, dans la politique, dans le monde économique,..., bref dans la vie de tous les jours

Il existe des leviers pour avancer vers l’égalité, quelques exemples :

§ dans les écoles (les manuels scolaires, les exemples choisis dans les exercices,...)
§ dans les entreprises : les hommes et les femmes souhaitent gagner en qualité de vie (par exemple : ne plus accepter le 80% de temps uniquement pour les femmes)
§ dans la sphère privée : Il faut encourager les hommes à rentrer dans la sphère privée. C’est aux femmes de savoir leur laisser une place. Au niveau des enfants, il arrive encore aujourd’hui que l’on valorise le masculin et dévalorise le féminin, pour exemple : qui n’a jamais entendu « ne pleure pas comme une fille » , c’est rarement un compliment pour le petit garçon, à l’inverse une petite fille « aventurière » on dira glorieusement que « c’est un garçon manqué »
§ dans la sphère publique : valoriser les modèles de femmes qui ont réussi dans leur entreprise ou qui s’investissent politiquement pour aller contre cette moindre légitimité des femmes à s’engager à l’extérieur et encourager d’autres femmes à « oser s’engager »

Pour plus d’information,
Isabelle GUEGUEN
02.98.76.25.64
isabelle.gueguen@cg29.fr
www.entreprendre-au-feminin.net

le 23 novembre 2004 par Marina Bouchet